I was there
(2009)

Le 20 janvier 2009, Barack Obama a prêté serment à Washington, devant le quarante quatrième président des Etats-Unis, et le premier président d’origine Afro-Américaine. 

Les jours qui ont précédé, on a proposé un toit et un repas aux sans-abris du centre-ville pour ne pas les voir entacher la fête. Mais au Johnny Rockets Hamburgers, au coin de la rue M et de la 31, il y avait un clochard, avec sa fierté de ne pas vouloir se faire photographier tel qu’il était, sous son tas de couvertures. Ville vidée, vent pinçant. Les touristes étaient rares. Les étangs posés par Pierre L’Enfant étaient gelés. La température m’a abruti. Le cerveau marche mal dans le froid. Le corps est rabougri. J’ai arrêté de penser. Faire la moindre photo me brisait les phalanges. Mais j’ai persévéré et je me suis détourné de l’événement, du pittoresque. J’ai refusé de mal regarder l’un des événements les plus suivis, les plus surveillés au monde. J’ai mal au visage, aux pieds, aux mains.

Des voix résonnaient, les foules criaient, priaient, se bousculaient. Comme dans toutes les villes américaines, des filets de pauvreté traversent la ville riche, officielle, néo-classique, digne et ennuyeuse. Ce n’est qu’une capitale ; elle devient moins vivante que Paris. J’ai eu l’impression de chercher quelqu’un. 

J’ai vu la virulence de la voix d’un révérend, à son assemblée, se rappelant de ses héros, Martin Luther King et Malcolm X. J’y ai serré dans mes bras des gens que je ne connaissais pas. Et j’ai alors décidé de me noyer dans les cris, dans les mouvements, dans la frénésie, dans l’actualité. 

J’y étais.