Les Images fantômes

Je crois aux fantômes. Longtemps, j’en ai eu peur. J’avais le sentiment qu’ils me suivaient de près quand, tout petit, je marchais, inquiet, dans les couloirs des maisons que je croyais inconnues. Ils étaient une présence bizarre qui frôlait mon cou, froide, incertaine et inaudible. Je marchais pour aller faire pipi, comme le font les tout-petits, avant le temps des beuveries, qui lui-même précède le temps des insomnies. On craint la nuit, le noir et le froid. Mais les fantômes ne disparaissent jamais vraiment. On n’est jamais sûr qu’ils n’existent pas. C’est comme douter de l’existence du froid lui-même.

Les fantômes sont partout, et l’on se convainc qu’ils ne sont nulle part. Mais là encore, cela ne prouve rien. On n’est pas plus certain qu’ils n’existent pas. Essayez donc de démontrer que les fantômes ne sont pas. Allez-y. Dans les moments d’incertitude, quand on essaie de faire survivre sa jeunesse ou de préserver son enfance, ils deviennent plus forts. On entend leur murmure dans les doutes de la vie, dans les petits coins de l’œil. Ils sont là, ces esprits présents. Ils ne parlent de rien, mais ils ne sont pas muets. Ils chantent.

Ils décrivent ce monde que l’on touche parfois du doigt, doucement, sans y prêter attention. Ils attendent patiemment qu’on les croise du regard sans être certain de les avoir vus. Il ne s’agit pas d’amour, ni de nostalgie. Il ne s’agit pas non plus d’épuiser quoi que ce soit. Laissez tomber si vous ne comprenez pas. Écoutez plutôt. La sarabande. La chose secrète.